Déployer une application avec un simple git push, obtenir un certificat HTTPS automatique et lancer une base de données en deux clics : c'est ce que promettent les PaaS comme Heroku ou Vercel. Coolify et Dokploy offrent la même expérience sur votre propre VPS Linux, sans facture à l'usage. Voici comment les départager en 2026, chiffres officiels à l'appui.
Ce qu'est un PaaS auto-hébergé
Un PaaS (Platform as a Service) cache la partie serveur : vous fournissez un dépôt Git ou une image, la plateforme construit, lance, expose et surveille l'application. Coolify et Dokploy reposent tous les deux sur Docker et sur un reverse proxy (Traefik) qui route les domaines et génère les certificats. Vous gardez la main sur la machine, les données et le coût, qui se limite au prix du VPS.
Concrètement, les deux outils savent :
- construire une application depuis un dépôt Git, un Dockerfile ou un fichier Docker Compose ;
- créer et gérer des bases de données (PostgreSQL, MySQL, MariaDB, MongoDB, Redis…) ;
- déployer des applications open source prêtes à l'emploi (modèles « en un clic ») ;
- gérer les domaines, le HTTPS et les variables d'environnement depuis une interface web ;
- sauvegarder les bases vers un stockage externe compatible S3.
Coolify en bref
Coolify est développé par coolLabs et publié sous licence Apache 2.0. C'est le projet le plus populaire des deux sur GitHub, avec plus de 60 000 étoiles. La branche actuelle est la v4 : la version 4.5.0, sortie fin octobre, ajoute notamment la source Git Gitea, un explorateur de fichiers pour les applications et bases, la connexion par passkey, des pages d'erreur personnalisées avec mode maintenance et le chiffrement au repos des secrets stockés.
Ses points forts :
- Un très large catalogue : plus de 360 services déployables en un clic.
- Des builds variés : Nixpacks, Railpack (en bêta), Dockerfile, Docker Compose et sites statiques. Nixpacks est désormais marqué comme déprécié au profit de Railpack.
- Le multi-serveur : une seule instance pilote plusieurs serveurs via SSH.
- Les sauvegardes planifiées de PostgreSQL, MySQL, MariaDB, MongoDB, ClickHouse et SQLite, avec copie vers un stockage S3. Redis, Dragonfly et KeyDB ne sont pas couverts par ce mécanisme.
- Les déploiements à chaque push et les environnements de prévisualisation pour les pull requests (GitHub, GitLab, Bitbucket, Gitea).
Dokploy en bref
Dokploy est plus jeune et volontairement plus épuré. Son code est principalement sous licence Apache 2.0, avec un répertoire dédié soumis à une licence propriétaire distincte. Le projet dépasse les 38 000 étoiles et la dernière version publiée est la 0.30.10 : le numéro de version reste inférieur à 1.0, ce qu'il faut garder en tête pour un usage critique.
Ses points forts :
- Docker Swarm intégré : on ajoute des nœuds pour répartir les applications sur plusieurs serveurs.
- Docker Compose natif, pratique pour reprendre une pile existante telle quelle.
- Cinq types de build : Nixpacks (par défaut), Railpack, Dockerfile, Buildpacks Heroku ou Paketo, et statique servi par NGINX.
- Le monitoring par ressource (CPU, mémoire, stockage, réseau) et des notifications de déploiement vers Slack, Discord, Telegram ou e-mail.
- Une CLI et une API pour piloter les déploiements depuis un script ou une CI.
Tableau comparatif Coolify vs Dokploy
| Critère | Coolify | Dokploy |
|---|---|---|
| Version actuelle | 4.5.0 | 0.30.10 |
| Licence | Apache 2.0 | Apache 2.0, avec une partie propriétaire |
| RAM minimale officielle | 2 Go | 2 Go |
| CPU minimal officiel | 2 cœurs | Non précisé |
| Disque minimal officiel | 10 Go libres, plus les images et volumes | 30 Go |
| Architectures | amd64 et arm64 | Non précisé dans la doc d'installation |
| Port de l'interface | 8000 (plus 6001 et 6002) | 3000 |
| Plusieurs serveurs | Oui, via SSH | Oui, via Docker Swarm |
| Modèles en un clic | Plus de 360 services | Catalogue de modèles open source |
| Sauvegardes S3 | Oui, bases principales | Oui, vers une destination externe |
Les prérequis à vérifier avant d'installer
Une distribution supportée
Coolify fonctionne uniquement sous Linux : Debian, Ubuntu (versions LTS 20.04, 22.04 et 24.04 pour le script automatique), les dérivées Red Hat comme AlmaLinux ou Rocky, SUSE, Arch, Alpine et Raspberry Pi OS 64 bits. Dokploy est testé sur Ubuntu (de 18.04 à 24.04), Debian 10 à 12, Fedora 40 et CentOS 8 et 9. Sur une version d'Ubuntu non LTS, prévoyez l'installation manuelle de Coolify.
Un VPS vierge, de préférence
Les deux plateformes installent leur propre reverse proxy sur les ports 80 et 443. L'installation de Dokploy échoue même si l'un des ports 80, 443 ou 3000 est déjà utilisé. Si un Apache ou un Nginx tourne déjà sur la machine, partez d'un VPS neuf plutôt que de tout cohabiter. Vérifiez les ports occupés avant de lancer quoi que ce soit :
sudo ss -tlnp | grep -E ':(80|443|3000|8000) '
Côté Docker, les deux scripts l'installent eux-mêmes s'il est absent. Seule exception signalée par Coolify : un Docker installé via snap doit être retiré au préalable.
Installer Coolify sur un VPS Linux
Connectez-vous en root (ou avec un utilisateur sudo) et lancez le script officiel :
curl -fsSL https://cdn.coollabs.io/coolify/install.sh | bash
Le script affiche les étapes suivantes dans le terminal. L'interface répond ensuite sur le port 8000 de l'adresse IP du serveur. Créez immédiatement le compte administrateur : la première personne qui atteint la page d'inscription devient administratrice de l'instance.
Ports à ouvrir dans le pare-feu, d'après la documentation :
22/tcppour SSH (ou votre port personnalisé) ;80/tcpet443/tcppour le trafic web et les certificats ;8000/tcp,6001/tcpet6002/tcppour l'interface, le temps réel et le terminal web en accès direct par IP.
Une fois l'interface accessible via un domaine en HTTPS, vous pouvez fermer 8000, 6001 et 6002. Pensez enfin à sauvegarder le fichier qui contient les secrets de l'instance (dont APP_KEY), indispensable pour une restauration :
sudo cp /data/coolify/source/.env ~/coolify-env-backup
Installer Dokploy sur un VPS Linux
Même logique, avec le script officiel de Dokploy :
curl -sSL https://dokploy.com/install.sh | sh
L'interface est ensuite disponible sur le port 3000. Pour mettre Dokploy à jour plus tard, le même script accepte un argument :
curl -sSL https://dokploy.com/install.sh | sh -s update
Sur certaines distributions minimales dont le noyau ne fournit pas IPVS, la documentation indique de passer en mode DNSRR :
curl -sSL https://dokploy.com/install.sh | sudo ENDPOINT_MODE=dnsrr sh
Quand votre domaine HTTPS fonctionne, vous pouvez fermer l'accès direct au port 3000. Attention : le faire avant d'avoir un domaine opérationnel vous enfermerait dehors.
docker service update --publish-rm "published=3000,target=3000,mode=host" dokploy
Le piège du pare-feu avec Docker
Sur un VPS Linux, Docker écrit ses propres règles iptables pour publier les ports des conteneurs. Résultat : un port publié par un conteneur peut rester joignable même si UFW semble le bloquer. Avec un PaaS, ne publiez donc pas les ports des bases de données sur l'IP publique : laissez-les sur le réseau interne Docker et n'exposez que ce qui passe par le reverse proxy. Pour les accès administrateur, préférez un tunnel SSH.
Quelle taille de VPS choisir
Les deux projets annoncent 2 Go de RAM minimum, mais ce chiffre ne couvre que la plateforme elle-même. Chaque application, chaque base et surtout chaque build (compilation Node.js, image Docker multi-étapes) consomment en plus. Les retours de la communauté décrivent généralement Dokploy comme plus léger au repos que Coolify, mais aucun banc d'essai indépendant sur un matériel identique ne permet de chiffrer l'écart. Le plus fiable reste de mesurer sur votre machine, juste après l'installation puis avec vos applications :
free -h
docker stats --no-stream --format "table {{.Name}}\t{{.MemUsage}}\t{{.CPUPerc}}"
Repères pratiques avec les offres VPS Linux de SoLinux (stockage NVMe) :
- VPS Linux 04G (2 vCPU, 4 Go de RAM, 45 Go NVMe, 7 €/mois) : de quoi tester Coolify ou Dokploy avec quelques petites applications et une base. Les 45 Go respectent le minimum de 30 Go de Dokploy, mais surveillez l'espace pris par les images Docker.
- VPS Linux 08G (3 vCPU, 8 Go de RAM, 50 Go NVMe, 9,59 €/mois) : le bon compromis pour une vraie production avec plusieurs applications, une base PostgreSQL et des builds réguliers.
- VPS Linux 12G (4 vCPU, 12 Go de RAM, 70 Go NVMe, 16,99 €/mois) : pour héberger de nombreux services, des builds lourds ou plusieurs environnements (production et préproduction) sur la même machine.
Les offres existent en France, en Allemagne et à New York, ce qui permet de rapprocher le PaaS de vos utilisateurs. Pensez aussi à purger régulièrement les images inutilisées, car c'est souvent le disque qui sature avant la RAM :
docker system df
docker image prune -a
Coolify ou Dokploy : comment trancher
Choisissez Coolify si…
- vous voulez le plus grand catalogue d'applications prêtes à déployer ;
- vous avez besoin des environnements de prévisualisation par pull request ;
- vous visez une machine arm64 ;
- vous préférez un projet plus ancien, à la communauté plus large, entièrement sous Apache 2.0.
Choisissez Dokploy si…
- vous voulez une interface plus sobre et une prise en main rapide ;
- vous travaillez déjà avec Docker Compose et Docker Swarm ;
- vous voulez des Buildpacks Heroku ou Paketo en plus de Nixpacks ;
- vous démarrez sur un petit VPS et souhaitez garder le maximum de ressources pour vos applications (à vérifier avec vos propres mesures).
Dans les deux cas, l'outil s'installe en une commande et se teste en quelques minutes. Le plus simple est de commander un VPS Linux vierge, d'installer l'un puis l'autre en réinstallant le système entre les deux, et de garder celui dont le fonctionnement vous convient le mieux.
Les bonnes pratiques après l'installation
- Créez le compte administrateur immédiatement après l'installation.
- Associez un domaine à l'interface et activez le HTTPS, puis fermez les ports d'accès direct.
- Configurez une destination S3 et des sauvegardes planifiées de vos bases.
- Sauvegardez aussi la configuration de la plateforme elle-même (le fichier
.envpour Coolify). - Mettez à jour le système et la plateforme régulièrement, en lisant les notes de version : Coolify 4.5.0, par exemple, introduit des changements cassants sur les jetons d'API.